Potion magique ou eau claire

Dans une chronique publiée dans le journal Le Monde le 19 novembre 2011, Yannick Noah jette la suspicion sur les performances des sportifs espagnols.  S’ils sont meilleurs que les autres, suggère-t-il, c’est qu’ils prennent de la potion magique. C’est le genre de raisonnement qu’on entend habituellement au café du commerce…

Potion magique pour tous conclut Noah. Pourquoi pas puisqu’il n’a jamais été démontré (dans un essai clinique contrôlé) que la moindre drogue pouvait avoir le moindre effet ergogénique. Pourquoi pas puisque c’est peut-être la seule façon de montrer que la performance sportive dépend d’autres facteurs que la prise d’une potion magique. Pourquoi pas puisque ça permettrait aux sportifs espagnols de se dédouaner.

En prenant pour cible les sportifs espagnols, Noah s’est trompé.
Ce n’est pas en faisant un rapprochement entre la performance sportive d’un individu (ou d’une nation) et la prise d’une « potion magique » qu’on fera avancer le débat…ni en faisant réagir des politiques « droits dans leur bottes ».

Image : Potions par bigcityal Licence CC BY

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14 Responses to Potion magique ou eau claire

  1. nfkb dit :

    bonjour,

    je ne comprends pas pourquoi vous dites qu’il n’y a jamais eu d’études.

    Je pensais que ce genre de travaux existaient. Je pense notamment au travaux sur la fatigue du sportif de tim noakes qui montrait des améliorations avec des amphétamines amenant ainsi des arguments pour sa théorie d’une fatigue « centrale »

    n’y a t il pas d’autres études allant dans le sens d’une augmentation de la performance ?

    merci pour votre réponse

  2. philippe eveillard dit :

    La seule étude convaincante serait une étude qui montre l’efficacité d’une drogue sur la performance dans les mêmes conditions que les essais cliniques contrôlés.
    On ne peut pas dire : l’erythropoïétine, les amphétamines, l’hormone de croissance ont un effet ergogénique sous prétexte que l’hématocrite augmente, que l’athlète est « aux anges » (quand il n’est pas dans un état maniaque) ou qu’il a gagné 2 pointures de pied…
    Il faut apprécier l’efficacité d’une drogue chez le sportif comme on évalue l’efficacité d’un médicament chez un malade avec un critère de jugement qui soit la performance (la « gagne » et pas l’évolution de la VO2max).

    Philippe Eveillard

  3. Stéphane dit :

    Il y a et des études faites avec pas mal de substances. En dehors des stéroïdes pas grand choses ne fonctionnent. Il u en a une avec la gh dans annals je Icrois.
    Il y a eu lors des jo de pekin dans science un très bon edito sur le sujet qui faisait le point sur le sujet de façon ont intelligentes

  4. docteurdu16 dit :

    Déprimant.
    Plusieurs choses.
    1) Pas d’études contrôlées : certes mais les équipes est-allemandes n’avaient pas besoin d’études contrôlées pour rafler toutes les médailles.
    2) Toxicomanie chez les sportifs : oui, malheureusement, c’est le problème essentiel.
    3) Noah a voulu dire ceci : généralisons le dopage ou alors je n’ai pas bien lu, tout le monde en sera au même point.
    4) Libérons aussi les drogues et tout le monde, même les non sportifs pourront en prendre.
    5) Lire JP de Mondenard.
    6) les médecins qui prescrivent des produits dopants me semblent très criticables.
    Bien à vous.

  5. philippe eveillard dit :

    Merci d’apporter un peu d’eau à mon moulin…
    Comment imaginer que le clenbutérol (Krabbe, Contador), l’éphédrine (Maradona, Longo) ou la coramine glucose (Flessel) puissent améliorer la performance sportive d’un coureur cycliste, d’un joueur de foot ou d’une épéiste ?

  6. philippe eveillard dit :

    Le précédent commentaire était une réponse à Stéphane.
    A docteur du 16, je réponds point par point.
    1. Vous faites comme Noah (performance = dopage). Les sportifs espagnols sont dopés comme les sportifs de l’Allemagne de l’Est… Assez élémentaire comme raisonnement. Il est probable que la seule chose qui différenciait le dopage de l’est de celui de l’ouest n’était pas l’ampleur, mais la contrainte (dopage contraint à l’Est, ce qui a justifié qu’on en parle +++).
    2. La seule question : est-ce qu’il est montré qu’il y a plus de toxicomanie chez les sportifs que dans la population générale ?
    3. Je l’ai bien compris comme cela. Le seule chose qui m’a vraiment choqué c’est que Noah ait stigmatisé les sportifs espagnols.
    4. Jean-Pierre de Mondenard est un « expert » en tant qu’historien du dopage, mais je crois qu’il n’a aucun recul sur le phénomène.
    5. En 2011, les sportifs savent se débrouiller tout seuls…

  7. docteurdu16 dit :

    Je tente de répondre point par point
    1) Je ne suis pas d’accord du tout. A l’Ouest, la contrainte est économique : les joueurs de football américain ont le choix entre le ghetto et la mort à 50 ans avec beaucoup d’argent ; dire que le dopage ne favorise pas les performances dans le cas des nageuses de l’est et dans le cas de certaines athlètes est erroné : il y a des records qui, trente ans après, ne sont toujours pas battus. Il existe encore des infirmes liés à l’utilisation des anabolisants à grande échelle dans les pays de l’est.
    2) Toxicomanie aux amphétamines : oui. Chez les cyclistes en particulier.
    3) Parce que c’est plus voyant actuellement. Comme les Allemands de l’est jadis. A l’époque, personne n’en parlait pour des raisons idéologiques (c’était de l’anticommunisme primaire), aujourd’hui ce sont les mêmes qui protestent et qui ne disaient rien à l’époque. Etes-vous donc d’accord pour le dopage généralisé ? L’affaire Fuentes est-elle espagnole ?
    4) Votre phrase est curieuse : s’il est historien c’est qu’il a du recul. Vous vouliez dire : il ne sait pas ce qui se passe maintenant.
    5) Faux. Il y a toujours des médecins incriminés dans les affaires de dopage. Et des pharmaciens.
    Mais, pour conclure : si j’avais un enfant qui faisait du sport de haut niveau je ne souhaiterais pas qu’il prenne le pot espagnol. Alors pourquoi le souhaitez pour les autres ?
    Bien à vous.

  8. philippe eveillard dit :

    Vous avez une vision manichéenne du dopage.
    Je ne l’ai pas. Ce qui explique ce que j’ai pu écrire.

    Jean-Pierre de Mondenard raconte (bien) les anecdotes sur le dopage, décortique (bien) les produits illicites, mais je doute qu’il ait écouté les utilisateurs de ces produits…écouté, juste écouté.

  9. Nicolas Prince dit :

    Je n’ai pas lu d’article sur l’évaluation de l’efficacité du dopage sur la performance et n’ai pas beaucoup réfléchi à cette question, mais:
    – Il me semble que les CS et anabolisants font bien partie de la base de la pharmacopée des dopés.
    – Les études ont-elles été réalisées avec les « protocoles » et coktails concrètement utilisés par les dopeurs ?
    – Les carnets et documents que tenaient certains dopés ont-ils été analysés au regard de leurs performances actuelles et antérieures ?
    – Analyse-t-on la performance pure, ou la constance dans le niveau de performance, ou le délai pour arriver à un niveau de performance ?
    – On en revient souvent à la polémique « optimisation médicale » versus dopage, et là on pose la question du rôle des médecins qui, à mon avis, ne sont jamais loin car les sportifs ne font pas ça tous seuls, en tout cas à haut niveau..

  10. philippe eveillard dit :

    Les sportifs absorbent beaucoup de médicaments. Certains de ces médicaments sont inscrits sur la liste des médicaments dopants, d’autres ne le sont pas. Les sportifs qui prennent les premiers sont considérés comme dopés, ceux qui prennent les seconds comme « préparés ».
    En réalité tous ces sportifs peuvent être considérés :
    – soit comme des tricheurs si l’on admet que ces produits ont un effet ergogénique ;
    – soit comme des naifs dans le cas contraire.

  11. docteurdu16 dit :

    En complément et vous priant de bien vouloir excuser mon insistance non de convaincu mais de liseur
    http://www.lemonde.fr/sport/article/2011/11/28/dopage-le-football-champion-du-monde-de-l-omerta_1610030_3242.html

  12. philippe eveillard dit :

    Rien de nouveau dans ce que raconte de Mondenard. Il y a 20 ans qu’il raconte les mêmes choses. Le dopage et la lutte contre le dopage sont son « fond de commerce ».
    La seule chose contre laquelle je m’insurge (dans ce qu’a raconté Noah et ce que raconte de Mondenard) c’est la stigmatisation (les espagnols, les chinois, les allemands de l’Est). Etablir un rapport entre les performances d’une nation dans le sport et le prise de médicaments est archi biaisé …

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