Contrôles antidopage : imposer la confidentialité des résultats

L’agression physique de Chris Froome dans la montée de l’Alpe d’Huez
justifie que les « résultats anormaux » des tdf
contrôles antidopage ne soient plus jetés en pâture à la presse et au public.
Les contrôles antidopage réalisés sous la surveillance d’un médecin et les examens biologiques effectués sous la responsabilité d’un professionnel de santé doivent rester confidentiels. Pour protéger les athlètes des spectateurs transformés en « justiciers » à la moindre occasion.

Les faits
Le 20 juillet 2018, le journal L’Equipe titre en page 2 : malaise au sommet. Le sous-titre donne l’explication du malaise : la montée de l’alpe a été marquée par l’agressivité de certains spectateurs envers Chris Froome. Plus loin dans l’article : Chris Froome, frappé par un spectateur et escorté de deux haies de huées… ». Et, plus loin encore : rarement un seul coureur avait été la cible de tant d’agressivité.
La foule, massée sur les pentes de l’Alpe d’Huez, a jugé que le blanchiment du coureur par l’UCI ne suffisait pas à le dédouaner de son contrôle positif au salbutamol au cours du Tour d’Espagne. D’où son comportement déviant, attisé par les déclarations débridées du « showbizz cycliste » complaisamment relayées par les médias pendant tout le mois de juin 2018. Un tapis rouge avait été déroulé (sans modération) devant des âneries débitées à l’encan.
Avant le départ du Tour de France (7/07), le « milieu cycliste » (coureurs, anciens coureurs, organisateur, directeur) voulait savoir à quelle sauce serait mangé Chris Froome à la suite de son « résultat anormal ». L’impatience de savoir était arrivée au point que tous voulaient s’exprimer et, en général, « à chaud » et en décalage complet avec le Code de l’Agence mondiale antidopage. Mais, dans le lot, qui s’était donné la peine de le lire ? Surtout, quel média avait pris l’initiative d’en faire une « explication de texte » *.

* Explication de texte
Le Code de l’Agence mondiale antidopage (AMA) distingue le dopage véniel (les substances spécifiées) et le dopage mortel (les autres substances interdites). Le salbutamol fait partie des substances spécifiées (à sanction « modulée ») **. Ainsi, un contrôle anormal au salbutamol ne conduit pas à la suspension immédiate du sportif mais à une sanction (qui, elle, est loin d’être immédiate). Cette absence de suspension a étonné un grand nombre de coureurs et d’anciens coureurs qui s’attendaient à ce que Froome mette (pour un temps) son vélo au clou, soit de lui-même, soit poussé par l’équipe SKY. Il ne l’a pas fait et il était parfaitement dans son droit. Le Code de l’AMA est formel à ce sujet.
Fin d’une histoire qui n’aurait pas dû faire une ligne dans les journaux si les rédacteurs et les différents commentateurs s’étaient préoccupés de savoir de quoi il retournait.
** Le salbutamol est une substance spécifiée parce que l’efficacité des bêta-2-mimétiques (en inhalation) sur la performance en endurance relève plus des nombreuses « croyances » des sportifs que de données scientifiques probantes.
Quant aux 2000 ng/mL de salbutamol dans les urines de Froome dont certains se sont fait des gorges chaudes, la dose limite de 1000 ng/mL peut être dépassée si le sportif a une autorisation d’usage thérapeutique l’y autorisant et… des chercheurs ont démontré récemment le côté « folklorique » des dosages urinaires de salbutamol

 

A l’approche du départ, la pression sur l’Union Cycliste Internationale (UCI) était montée d’un cran. Le directeur du Tour réclamait à cor et à cri une réponse de l’UCI (sanction ou non ?). Un ancien vainqueur du Tour affirmait que Froome n’avait pas sa place sur le Tour de France et incitait les coureurs à faire grève. Le 1er juillet, la société organisatrice de l’épreuve interdisait à Froome de se présenter au départ du fait de sa procédure pour dopage. On se dirigeait vers le clash quand, in extremis, le 2 juillet, l’UCI faisait connaître sa réponse : Froome était blanchi.

Après un tel déferlement médiatique de contre-vérités et d’incitations à la grève et à l’exclusion, le public « chauffé à blanc » et indifférent à la décision de l’UCI, était prêt à passer à l’acte à la première occasion. Ce fut dans la montée de l’Alpe d’Huez.

Plus jamais ça !
L’agression physique subie par Froome condamne définitivement la publication des résultats anormaux des contrôles par les fédérations ou par l’Agence mondiale antidopage. La confidentialité des résultats doit être respectée de façon stricte. Sinon, la prochaine fois, les « justiciers » ne se contenteront pas de « coups de poing dans les côtes ».
Qui dit confidentialité des résultats dit aussi suppression des sanctions.  Car comment expliquer qu’un sportif se mette au vert pendant plusieurs mois s’il n’est ni blessé ni malade ?

D’ailleurs, pourquoi sanctionner quand :
– on sait que la prévalence du dopage avoisine les 50% chez les athlètes de haut niveau (enquête effectuée en 2011 aux Jeux panarabes) ?
– Lance Armstrong n’a jamais eu de « résultat anormal » à ses nombreux contrôles et quand seule la délation des autres coureurs l’a fait suspecter ;
– il n’existe aucune preuve scientifique de l’efficacité d’une substance sur la performance alors que les preuves des effets indésirables du « trio » anabolisants – corticoïdes – amphétamines sont légion (27048 publications scientifiques sur ces effets étaient référencées dans PubMed le 14 août 2018) ;
– l’objectif de « l’athlète propre » ne tient pas la route face à l’objectif de l’athlète en bonne santé.
Ainsi, les contrôles ne doivent pas servir à distinguer le propre du sale et à sanctionner les « contrevenants », mais à repérer les sportifs tentés par le « trio à forte dangerosité » et à leur proposer (imposer ?) des mesures de prévention des risques.
A quand la prise de conscience de tout cela ?

Photo :
2018. Tour de France #19 Col d’Aubisque par S. Yuki Flickr Licence Creative Commons (CC 2.0)

Rappel : Le dopage est-il un mirage ? : un livre broché disponible sur Amazon

 

This entry was posted in Uncategorized. Bookmark the permalink. Follow any comments here with the RSS feed for this post. Post a comment or leave a trackback: Trackback URL.

One Response to Contrôles antidopage : imposer la confidentialité des résultats

  1. […] L’agression physique de Chris Froome dans la montée de l’Alpe d’Huez justifie que les « résultats anormaux » des contrôles antidopage ne soient plus jetés en pâture à la presse et au public. Les contrôles antidopage réalisés sous la surveillance d’un médecin et les examens biologiques effectués sous la responsabilité d’un professionnel de santé doivent rester confidentiels. […] Continuer la lecture → […]

Leave a Reply

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>