Le dopage est-il un mirage ?

C’est la thèse que je défends dans un livre publié le 12 juin 2018 sur Amazon.dopage image

La thèse s’appuie sur 3 observations.

  • La première est l’omerta qui entoure l’essai thérapeutique érythropoïétine/placebo réalisé par les universitaires de Leyden (Pays-Bas) au laboratoire d’explorations fonctionnelles et dans la montée du Ventoux. Juillet 2016 : information dans Science rapportant le résultat de l’essai (les coureurs sous érythropoïétine n’ont pas été plus rapide dans la montée que ceux sous placebo). Juillet 2017 : publication de l’essai contrôlé et randomisé dans The Lancet Haematology.
    2018 : « L’intouchable » Agence Mondiale Antidopage (AMA) est aussi muette qu’une carpe. Et l’érythropoïétine est toujours sur la liste des interdictions de l’Agence. Les médias médicaux et la presse grand public ne sont pas plus bavards. L’expérience du Mont Ventoux dérange-t-elle ?
  • La deuxième observation concerne deux sportifs (Diego Maradona et Maria Sharapova) sanctionnés pour des broutilles par le jusqu’au-boutisme des instances de lutte contre le dopage. Dans les 2 cas : aucune intention d’améliorer les performances et aucune efficacité du produit pris pour cette amélioration. Pour Maradona : une « pincée » d’Ephedra dans un complément alimentaire destiné à la « sèche ». Pour Sharapova : un comprimé d’un « nanar » letton distribué exclusivement dans les pays de l’Est et sans aucune preuve d’efficacité sur la performance sportive.
  • La dernière observation vient des avis émis au cours des 2 dernières années par plusieurs universitaires sur la façon de gérer la liste des interdictions.
    Paul Dimeo et Roger Pielke JR ont émis le même avis à la suite de la sanction infligée à Maria Sharapova : c’est aux sportifs eux-mêmes de décider quels médicaments doivent figurer sur la liste des interdictions. Roger Pielke souhaite que des experts indépendants leur apportent toute l’information nécessaire pour que la décision soit prise en toute connaissance de cause.
    Bengt Kayser et Jan Tolleneer ont publié en mai 2017 un article dans Journal of Medical Ethics dans lequel ils proposent tout simplement de faire exploser les critères de sélection des produits interdits et de n’en conserver qu’un seul : la dangerosité pour la santé. Ainsi, la liste devrait être établie par les sportifs et ne devrait contenir que les médicaments dangereux pour la santé dans les différentes disciplines sportives. L’athlète sain serait l’option privilégiée par rapport à celle de l’athlète propre.
    « L’athlète propre à tout prix » est l’obsession des dirigeants de l’AMA, alors qu’une publication récente, soutenue et financée par l’AMA, estime la prévalence du dopage parmi les athlètes appartenant à l’élite à 50% ou, plus prosaïquement, que 50% des athlètes propres sont, en réalité, sales ! L’article publié en début d’année 2018, mais relatant une enquête ancienne (2011), fera l’objet du prochain billet de ce blog.

Un dernier mot à propos des contrôles et des sanctions. Le manque de discrétion des instances chargées des contrôles donne l’occasion à certains (qui ne sont pas les intéressés) de se manifester et de vociférer. A tort. Dernière occasion en date : le contrôle de Chris Froome. Les faits

  • Pendant le Tour d’Espagne (septembre 2017), le contrôle antidopage de Chris Froome a été considéré comme anormal (atypical finding) en raison d’une concentration élevée de salbutamol dans les urines (taux : 2000ng/mL – le taux à ne pas dépasser étant de 1000ng/mL). Ce dernier taux correspond à l’inhalation de 16 bouffées de salbutamol par jour (1600µg/jour).
  • Aucune suspension provisoire n’a été prononcée par l’UCI, le salbutamol faisant partie des substances « spécifiées » (à sanctions modulées). La sanction définitive n’est pas encore fixée. Chris Froome peut continuer de courir. Ce qu’il n’a pas manqué de faire en remportant le Tour d’Italie (mai 2018) et en projetant de s’aligner dans le Tour de France. Ce qui a déclenché les réactions :
    – d’un ancien vainqueur du Tour,
    – et du Maire de Cholet.

Fin de l’histoire ? Eh bien non. Le 3 mai 2018, un article du British Journal of Clinical Pharmacology a mis en doute la fiabilité des dosages de salbutamol dans les urines.

Pour faire taire les vociférations des uns et des autres à propos de sujets dont ils ne maitrisent ni les tenants ni les aboutissants, la seule solution est de respecter la confidentialité des contrôles et des sanctions. C’est une proposition qui figure dans le dopage est-il un mirage.

 

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2 Responses to Le dopage est-il un mirage ?

  1. […] C’est la thèse que je défends dans un livre publié le 12 juin 2018 sur Amazon. La thèse s’appuie sur 3 observations. La première est l’omerta qui entoure l’essai thérapeutique érythropoïétine/placebo réalisé par les universitaires de Leyden (Pays-Bas) au laboratoire d’explorations fonctionnelles et dans la montée du Ventoux. Juillet 2016 : information dans Science rapportant le […] Continuer la lecture → […]

  2. Bonjour, je suis tout à fait d’accord sur le fait que la politique antidopage actuelle est totalement ridicule. Le dopage technique est largement autorisé sans que ceci ne choque personne alors que trois pauvres molécules sont mis au ban. Pour l’érythropoiétine, l’augmentation de l’hb observée dans le papier est somme toute modeste et explique qu’on observe pas de bénéfice évident. Il serait très intéressant de voir avec des hb autour de 17g/dl, soit plus de deux points que le groupe haut de l’article, si on observe pas une amélioration de la performance.
    Il faut absolument faire de la science avec les substances améliorants la performance.
    Je suis pour un arrêt de cette pantalonnade qu’est la lutte antidopage.

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