Froome : trop de « nanos » pour rien ?

L'Aubisque "à pied" dans l'étape Hendaye-Luchon du Tour de France 1928

L’Aubisque « à pied » dans l’étape Hendaye-Luchon du Tour de France 1928

 

Pendant le Tour d’Espagne (septembre 2017), le contrôle antidopage du coureur cycliste Chris Froome a été considéré comme « anormal » en raison d’une concentration élevée de salbutamol dans les urines. La révélation en a été faite ces derniers jours par la presse (Le Monde et The Guardian).

Trop de nanos
Lors du contrôle, la concentration de salbutamol dans les urines du coureur britannique était de 2000ng/ml, la dose à ne pas dépasser étant de 1000ng/ml. En conséquence : un risque de sanction pour « résultat d’analyse anormal » et, surtout, un florilège de commentaires passéistes.

Pour rien ?
Ce contrôle et ses conséquences laissent penser que le salbutamol participe efficacement à la performance d’un coureur cycliste sur route. Qu’en est-il exactement ?

Le salbutamol a essentiellement des propriétés bronchodilatatrices et, éventuellement, anabolisantes. Dans le cas de Froome, on peut oublier les « anabolisantes ». Le coureur a été contrôlé à plusieurs reprises au cours du Tour d’Espagne et un seul contrôle s’est révélé anormal.  Or :
– l’action supposée anabolisante du salbutamol résulte d’un traitement régulier poursuivi pendant plusieurs semaines ou mois ; les (trop) nombreuses bouffées du jour du contrôle (qui ont conduit au « résultat anormal ») n’ont aucun effet anabolisant ;
– quel bénéfice peut tirer un coureur cycliste sur route d’une augmentation (modeste) de sa masse musculaire ?

Avec les propriétés bronchodilatatrices du salbutamol, on entre dans un sport pratiqué par de nombreux compétiteurs : « la chasse à l’oxygène ».  ça commence avec l’écarteur narinaire, se poursuit avec les béta-2-mimétiques (salbutamol et clenbuterol, entre autres) et se termine par l’augmentation du nombre de globules rouges  sous l’action de l’érythropoïétine.
« L’appel d’air et d’oxygène » fourni dans l’appareil respiratoire par la bronchodilatation peut-il avoir une influence sur la performance sportive ? Dans l’esprit des coureurs : certainement. Dans la réalité, il est permis d’en douter (v. plus loin).

La littérature médicale à la rescousse
L’exploration de la banque de données PubMed ne fournit pas d’arguments formels quant à l’effet dopant (ou non) du salbutamol. Elle mérite cependant d’être analysée.

La première équation (Salbutamol [majr] AND Doping in Sports [majr]) fournit 21 références (le 15 décembre 2017). Elle est décevante car pratiquement toutes les références concernent l’analyse de l‘élimination du salbutamol dans les urines des sportifs. La remontée de la filière de la 2è référence permet de repérer une revue systématique sur l’efficacité des bêta-2-mimétiques sur la performance sportive. Sa conclusion est sans appel : aucun effet sur l’endurance, la force ou la vitesse n’a été détectée en cas d’administration des bêta-2-mimétiques par inhalation ; les preuves d’une efficacité des bêta-2-mimétiques par voie générale sont faibles (absence d’essais contrôlés).

La deuxième équation de recherche (Salbutamol [majr] AND Athletic Performance [majr]) est plus intéressante. Elle fournit 22 références (le 15 décembre 2017). Parmi les plus récentes, l’une confirme l’absence d’effet sur la performance sportive d’une administration par inhalation de 1600 µg de salbutamol par jour. C’est ce qui autorise son utilisation jusqu’à cette posologie (=16 bouffées, à ne pas dépasser pour rester en dessous de l’élimination urinaire autorisée – 1000ng/ml). L’autre référence concerne l’administration de salbutamol par voie orale (8mg/jour pendant 2 semaines). Ce traitement n’entraine aucune modification de la force musculaire ni de la performance au cours d’un exercice sur bicyclette ergométrique à 110% de la VO2max. En revanche, le test explorant la vitesse (Wingate) est amélioré. Une dernière référence tend à montrer que « l’appel d’air et d’oxygène » amplifié par l’inhalation d’une forte dose de salbutamol est sans effet sur la capacité aérobie du sportif.

Note L’écueil de ces tests effectués pour accréditer l’efficacité ou non du salbutamol sur la performance sportive tient au fait qu’ils sont réalisés au laboratoire (et notamment sur bicyclette ergométrique) et non dans les conditions d’une épreuve sportive. L’essai thérapeutique (exemplaire) de l’équipe de l’université de Leyden sur l’efficacité ou non de l’érythropoïétine chez les coureurs cyclistes effectué « en situation de course » (ascension du Mont Ventoux) a une valeur de preuve beaucoup plus forte.

Iconographie
Climbing the Aubisque on foot
Nationaal Archief
Spaarnestad Photo
Flickr The Commons
Aucune restriction de droits d’auteur connue

 

 

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