Ce que révèle l’interrogation de PubMed sur le dopage de Maria S.

Ergogénique en théorie, sans efficacité réelle probablement, mais certainement placée sans raison valable sur la liste des produits dopants. Tel peut être caractérisé le meldonium après être passé dans la « moulinette » de PubMed et de la littérature médicale récente.

L’histoire
A l’Open d’Australie (janvier 2016), la joueuse de tennis russe Maria Sharapova est contrôlée positive au meldonium, une molécule inscrite sur la liste des produits dopants depuis le 1er janvier 2016. La joueuse plaide sa bonne foi, mais est écartée des courts par la Fédération international de tennis, le temps de savoir à quelle sauce elle sera mangée.

La suite de l’histoire
L’interrogation de la banque de données PubMed avec l’équation meldonium [nm] OR (meldonium [ti] NOT MEDLINE [sb]) fournit 192 références (13/03/2016).

Pour les afficionados, cette équation unit avec l’opérateur OR la recherche du « supplementary concept » meldonium dans l’index des références indexées dans MEDLINE (en prenant en compte le langage et la grammaire de PubMed) et la recherche du terme meldonium dans le titre des articles non indexés (de façon à ne pas manquer les plus récents).

Premier enseignement : le meldonium a toutes les propriétés pour être une substance ergogénique aux yeux des athlètes et des soigneurs. L’abstract d’un des derniers articles sur le meldonium contient des expressions qui font tilt dans la tête des sportifs en mal de performance, notamment : « régulation des voies du métabolisme énergétique » ou « homéostasie de l’énergie cellulaire ». Il manque juste le mot oxygène, le graal.

Deuxième enseignement : l’efficacité réelle sur la performance reste très hypothétique. L’équation Doping in sports [mh] AND meldonium [nm] n’affiche aucune référence.

Le troisième enseignement est tiré de l’article le plus récent sur la meldonium tiré du BMJ. C’est une courte « news », sans grand intérêt sauf qu’elle a suscité une réponse particulièrement éclairante. Elle émane d’un interniste du Nicaragua qui fait un rapprochement (même mécanisme d’action) entre le meldonium et la trimetazidine (alias leVastarel, déremboursé en France en 2011 faute de « service rendu »).

La morale de l’histoire
Elle tient en 2 mots : naïveté et incohérence.

La naïveté de l’athlète ne fait aucun doute. On ne se gave pas de meldonium pendant 10 ans sans se demander à quoi ça sert. A sa décharge : la compétition, le classement ATP, les aléas de l’avancée en âge, les périodes de méforme… et la pilule qui rassure.

L’incohérence de la liste des produits dopants élaborée par l’Agence mondiale antidopage (AMA) est plus troublante. La liste est établie après qu’ait été constatée l’utilisation régulière d’une substance à des fins d’amélioration de la performance. Peu importe que la substance soit proche de la poudre de perlinpinpin ou de mica panis. Ainsi, dans un billet de blog du British Journal of Sports Medicine, on apprend que la décision de l’AMA de porter le meldonium sur les fonts baptismaux des substances dopantes s’est appuyée sur les contrôles effectués lors des jeux européens de Bakou (2015) où 8% des 762 contrôles étaient positifs à cette substance. Personne à l’AMA ne s’est soucié de l’efficacité du meldonium sur la performance. Et l’interniste du Nicaragua de conclure dans sa réponse à la « news » du BMJ : « should its use by healthy athletes be considered doping ? »

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2 Responses to Ce que révèle l’interrogation de PubMed sur le dopage de Maria S.

  1. cosmicsmile dit :

    Peut-être qu’en matière de dopage l’AMA souhaite prendre en considération l’intention plus que la réelle efficacité des molécules, ce qui pourrait avoir un effet préventif: « le dopage quel qu’il soit c’est mal ». Je n’y vois pas de nécessité de rationnaliser davantage la liste: finalement, il vaut mieux que les athlètes ne prennent pas ces molécules, et ce même si c’est de la poudre de perlinpinpin !!! Les athlètes font souvent preuve d’immaturité psychologique, et c’est bien dommage: il fut renforcer la préparation mentale plutot que leur faire bouffer n’importe quoi.

  2. Eveillard dit :

    OUI, c’est l’intention qui est punissable…
    … mais comment repérer le sportif qui prend un comprimé de Guronsan, ou un comprimé de Vitamine B1-B6, ou deux sachets d’Aspegic 1000 ou encore une cuillérée à soupe de bicarbonate avant l’épreuve ?
    Pourtant, pas de doute : il prend ces substances pour améliorer son comportement (essentiellement sa performance) pendant l’épreuve.
    La lutte contre le dopage ne doit pas sanctionner Kathrin Krabbe (clenbuterol), Diego Maradona (Ephédrine), Alberto Contador (clenbuterol) ou Maria Sharapova (meldonium). Cela ne fait pas très sérieux quand on connaît les qualités érgogéniques nulles de ces substances. C’était le sens de mon billet.

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