L’interrogation de PubMed n’est pas uberisable

Le 3 janvier 2016, Philippe Ameline a tweeté : « Tss, tss, je pense que vous serez étonné du nombre de non-médecins plus à l’aise avec PubMed que les praticiens ».
Plus à l’aise ? Pourquoi pas.
Plus performant ? J’en doute.

Explication
L’interrogation de PubMed se déroule en 4 étapes :
– choix des mots clés ;
– traduction des mots clés en « langage MeSH »  ;
– formulation de l’équation de recherche en tenant compte de la « grammaire PubMed » ;
– analyse du résultat et reformulation éventuelle.

La première  et la dernière étapes sont déterminantes dans le résultat final.
Dans le choix des mots clés (première étape), le médecin a dix longueurs d’avance sur le non médecin. C’est normal : ses connaissances médicales et son « sens clinique » font qu’il est plus apte qu’un simple quidam à exprimer le contenu de la requête en mots clés.
Les 2 étapes suivantes (celles où le médecin est parfois moins à l’aise) sont purement techniques donc faciles à maitriser grâce à quelques conseils.
La dernière étape redonne au clinicien un avantage décisif. En effet, l’équation formulée à la 3è étape est rarement la bonne. Dans la majorité des cas, elle mérite d’être reformulée pour, en fonction de la sensibilité (ou de la précision) escomptées, parfaire le résultat. Dans cette reformulation, le médecin est le « roi du pétrole ». Tout simplement parce que ses compétences de clinicien lui permettent de formuler « au plus près » cette nouvelle équation.

Constat final
Il ne suffit pas d’être à l’aise pour être performant. Le médecin qui est largement « au dessus du lot » dans les 2 étapes décisives de l’interrogation de PubMed est le plus apte à obtenir un résultat satisfaisant (références en adéquation avec la requête) dans l’interrogation de la banque de données.

 

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6 Responses to L’interrogation de PubMed n’est pas uberisable

  1. docteurdu16 dit :

    Bonjour,
    PubMed est un outil.
    Ni plus ni moins.
    Et un outil formaté par ses concepteurs.
    Et il peut servir à de multiples choses : rechercher une biblio exhaustive ou non ; rechercher un profil d’auteur ; rechercher des financements ; rechercher des liens d’intérêt ; et cetera.
    Il faut encourager la science profane mais elle a ses limites comme la science expertale.
    Les regards neufs sur une question sont parfois iremplaçables et parfois décevants.
    Bonne journée et merci pour vos éclairages.

  2. philippe eveillard dit :

    PubMed est un outil.
    Sa principale fonction est de créer une liste de références correspondant à un thème (celui d’un article ou d’une thèse) ou à une requête.

    PubMed est un outil qui nécessite quelques compétences pour une utilisation optima.
    En raison de ses connaissances et de son expérience clinique, le médecin est le plus apte à choisir les mots clés correspondant au thème ou à la requête (première étape).
    Lors de la modification de l’équation de recherche pour améliorer l’adéquation résultat-requête (4è étape), le médecin dispose, là encore, des meilleurs atouts pour effectuer ce « tripatouillage final ».
    Quant aux 2 étapes intermédiaires, les compétences requises sont uniquement « documentaires » et à la portée de tous (avec ou sans « culture » médicale).

    Pour conclure : il est préférable d’être médecin pour utiliser « l’outil PubMed » le plus efficacement possible.

  3. Bernard dit :

    Malgré l’intérêt que je porte à votre site, je ne peux qu’être en désaccord avec votre dernier article. l’idée du « médecin qui est largement « au dessus du lot » », ne me semble pas correct. Pour que la médecine factuelle se réalise, elle a besoin de pluridisciplinarité réelle, c-a-d des médecins, des méthodologistes et des scientifiques non médecins.
    Je suis dans la dernière catégorie, et mon expérience de travail scientifique avec des médecins. C’est impressionnant encore de voir nombre de présentations de médecins qui prennent position sur des questions de santé après avoir utilisé Pubmed comme un oracle (c-a-d, interrogé avec 2 mots clés et sélectionnant les papiers allant dans leur sens).

  4. philippe eveillard dit :

    Je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec vous.
    D’accord sur l’utilisation de PubMed « comme un oracle » par certains médecins. A tort, bien entendu.
    Pas d’accord pour ne pas donner au médecin clinicien un avantage décisif dans l’interrogation de PubMed, notamment lors des premières et quatrièmes étapes (telles qu’elles sont décrites dans mon billet).
    A mon avis, le « sens clinique » acquis par l’exercice de la médecine est primordial quand il s’agit de « choisir les mots clés » et « reformuler l’équation de recherche » après l’affichage du résultat.
    Seuls les requêtes relatives à la biologie (physiologie, microbiologie, histologie…) ne nécessitent pas d’expérience clinique…
    … mais PubMed/MEDLINE est la banque de données bibliographiques du clinicien plus que du biologiste.

  5. Astrid dit :

    Bonjour,
    A le sacro-saint savoir des médecins !! J’en ai vu tellement m’affirmer « pas besoin de formation sur pubmed ! Je sais faire ! » et tomber des nues quand on leur montre toutes les possibilités de l’outil et les techniques de base de la recherche documentaire. Et le nombre de médecin me demandant de refaire leurs recherches car mes résultats sont plus pertinents que les leurs !!
    Et pourtant, je ne suis pas médecin, mais une simple experte des techniques documentaires à la portée de tous… 😀

  6. philippe eveillard dit :

    J’ai très envie d’être d’accord avec ce que vous dites…
    … sauf qu’un garagiste me semble plus compétent pour réparer une Twingo qu’un ingénieur de Renault ;
    … sauf que, à armes égales (le médecin et le non médecin ayant la même maitrise de l’outil PubMed), le médecin a dix longueurs d’avance pour obtenir des références en bonne adéquation avec sa requête ;
    … sauf que, même si le médecin « bafouille » avec PubMed (interrogation « à la Google », par exemple), il me semble avoir un petit avantage.
    Tout ça pour dire qu’être « à l’aise » pour naviguer dans l’interface de PubMed (ce qu’apprend doctobib avec ses vidéos) ne me semble pas suffisant pour interroger efficacement PubMed. A mon avis, il faut un petit « autre chose » : le sens clinique.
    Merci pour votre commentaire et désolé pour mon billet « sans nuances ».

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