Dopage : les pépites du rapport

 

Les fiches de contrôle des Tours de France 1998 et 1999 sont les seuls éléments « réalistes » du rapport sur « l’efficacité de la lutte contre le dopage ». Analyse.

Ces fiches ne présentent aucun intérêt si l’objectif est d’identifier (par recoupement avec les fiches de résultat des tests EPO) les coureurs ayant fait usage d’érythropoïétine.
L’intérêt est ailleurs. Il est dans les déclarations des coureurs à propos des « médicaments pris » (c’est l’intitulé exact figurant sur les fiches de contrôle de l’époque).*

Le contenu des fiches
Dans les annexes du rapport figurent :
– 100 fiches de contrôle établies pendant le Tour de France 1998
– et 36 fiches de contrôle du Tour 1999.

Sur les 100 fiches de 1998, 82 (82%) ne comportent aucune mention de prise médicamenteuse.
Sur les 18 qui signalent la prise d’un médicament, beaucoup de nom de substances sont illisibles en raison de la mauvaise qualité des reproductions. Surtout, il est rare que soit mentionnée la date de prise du médicament.
L’inventaire des déclarations est le suivant.
Corticothérapie locale : bétaméthasone et dexaméthasone injectables ; budésonide en inhalation.
Anesthésiques locaux : xylocaïne, lidocaïne.
Béta-2-mimétiques en inhalation : salbutamol, salmétérol.

Sur les 36 fiches de contrôle du Tour de France 1999, 32 (84%) comportent l’indication d’une prise médicamenteuse, souvent avec la date, l’ordonnance ou le certificat du médecin prescripteur.
En ce qui concernent les classes thérapeutiques, ce sont les mêmes qu’en 1998.
Corticothérapie locale :
– en infiltration – triamcinolone, bétaméthasone, dexaméthasone
– en pommade – triamcinolone, bétaméthasone
– en inhalation – budésonide, fluticasone.
Anesthésiques locaux : procaïne, xylocaïne.
Béta-2-mimétiques : salbutamol, terbutaline, salmétérol.

Que peut-on en penser ?
Pourquoi une telle différence dans les déclarations d’une prise médicamenteuse (18% des contrôles en 1998 et 84% en 1999) ?
Deux hypothèses :
– ce n’est pas le même médecin qui a procédé aux contrôles ; celui qui a officié en 1999 a peut-être été plus persuasif que son confrère de 1998 pour inciter les coureurs à déclarer leurs prises médicamenteuses ;
– 1998 est l’année de « l’affaire Festina » ; l’année suivante, les contrôleurs ont pu recevoir des consignes plus strictes quant aux déclarations des coureurs.

C’est sans surprise qu’on trouve les deux « fers de lance » de l’aide ergogénique (supposée) des coureurs cyclistes : corticoïdes et béta-2-mimétiques.

Pour les corticoïdes, il est probable que les déclarations d’injections locales cachent des prises de corticoïdes par voie générale. Il est difficile d’imaginer qu’en 1999 un tiers du peloton (36% des déclarations) souffre des genoux et continue de pédaler au rythme imposé par la course grâce à une infiltration de corticoïde…ou alors, cela mérite une publication scientifique !
Le coureur a 2 « bonnes » raisons de recourir à la corticothérapie :
– il croit encore aux sornettes du rééquilibrage hormonal du Dr François Bellocq ;
– il souhaite bénéficier de l’effet psychotonique des corticoïdes ; on est alors plutôt dans le « soin palliatif » que dans « l’aide ergogénique ».

Pour les béta-2-mimétiques, la recherche compulsive d’un apport maximal d’oxygène aux muscles est plus plausible que la prévention d’un asthme d’effort (28% des contrôles de 1999 déclarent prendre des béta-2-mimétques).
Alors le coureur dilate ses narines (avec un écarteur mécanique), améliore sa perméabilité nasale avec de l’essence algérienne (les mèches de coton qu’on voit dans les narines des coureurs avant un « contre la montre »), dilate ses bronches (avec un bêta-2-mimétque) et augmente les « moyens de transport » de l’oxygène avec l’EPO.

En pure perte parce que la performance en cyclisme n’est pas en rapport avec un quelconque rééquilibrage hormonal ou avec la quantité d’oxygène arrivant aux muscles mais avec :
–  la qualité du moteur, suffisamment débridé (seuil d’accumulation des lactates repoussé le plus loin possible) par un entrainement rationnel et cohérent ;
– les conditions de course (intelligence de course, équipiers) ;
– la « bonne étoile » (la part de hasard).
Mais il est plus simple de croire que le « bon » médicament peut remplacer tout cela. Ce qui est probablement faux.

* Les autorisations d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) ont été mises en place en 2003

Image :
Physiology and health 1916 par Circa Sassy Licence CC BY
http://www.flickr.com/photos/circasassy/6817998405/

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